3. La subjectivisation du concept de forme
L'ambivalence « physique / phénoménologique / sémiotique » du concept de forme a constitué depuis Kant un véritable nœud gordien de l'épistémologie. Celui-ci a en général été tranché en faisant dépendre le concept de forme d'une instance subjective (individuelle ou sociale) : perception, langage, concept, sens. Autrement dit, la phénoménalisation de l'objectivité physique en formes manifestées a été conçue comme un processus sans réel contenu objectif.
• Le vitalisme structuraliste et sémiotique
Avant d'exposer brièvement divers aspects de ces entreprises de subjectivation, il est bon de dire quelques mots sur le vitalisme du xixe siècle. Après Kant, et en particulier en rapport avec la Naturphilosophie schellingienne, un certain nombre de penseurs en sont revenus à une position aristotélicienne-leibnizienne en tentant d'élargir le concept objectif de Nature. Un cas exemplaire est celui des travaux sur la morphogenèse végétale que Goethe poursuivit de 1770 jusqu'à sa mort en 1832. Goethe ne cherchait pas tant à comprendre les bases physico-chimiques de la biologie végétale que le principe organisateur interne responsable de la manifestation morphologique des plantes. Comme Geoffroy Saint-Hilaire, il pensait que le problème théorique central de la biologie était de clarifier l'origine des connexions spatiales reliant les parties dans un tout organique. Transgressant le verdict de la Critique de la faculté de juger, il a admis un principe entéléchique a priori présidant à la formation des « fins naturelles ». Selon ce principe, des forces organisatrices internes idéelles (des formes substantielles dynamiques) se déploient spatio-temporellement lors des processus de morphogenèse et engendrent l'unité concrète, réelle et perceptible des organismes. L'entéléchie goethéenne est un concept intuitif et viole par conséquent la séparation transcendantale entre concept et intuition.
La réponse goethéenne à l'aporie de la forme est en partie spéculative (« romantique »). Elle nie que la connaissance exige de nier l'intériorité substantielle de la Nature. Ainsi que l […]
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