2. Les forêts résineuses secondaires ou anthropiques
Le pouvoir colonisateur des résineux, et surtout des pins, se manifeste particulièrement dans les zones tempérées chaudes. Là, de vastes espaces à climax « feuillu » ont été conquis par les Conifères à la suite de la destruction par l'homme de la forêt primitive. Ainsi, dans une partie importante de la France méditerranéenne, sur les « ruines » de la chênaie d'yeuses a pris pied une garrigue à cistes, puis la pinède de pins d'Alep, paraclimacique. Dans les landes de Gascogne, le chêne-liège occidental a régressé au profit du pin maritime, tandis que la luxuriante forêt « chinoise » de Virginie s'efface devant la monotone pinède à Pinus taeda. L'homme n'a pas eu seulement un effet indirect sur l'équilibre forestier ; il a souvent favorisé, par ses plantations et semis, les résineux. Ainsi se sont substitués au climax « feuillu » des peuplements de pins maritimes ou sylvestre en Sologne et dans nombre de forêts du bassin de la Seine (Fontainebleau, Rambouillet), et de pins noirs en Champagne crayeuse. Dans toute l'Europe tempérée froide, la hêtraie ou même la pinède climacique (à Pinus silvestris v. scotica, en Ecosse, par exemple) font place aux pessières ou mélézaies artificielles.
Les plantations ainsi réalisées ont souvent une productivité meilleure que la forêt spontanée, et le choix judicieux de races « nobles », bien adaptées au sol et au climat, aboutit à la constitution de véritables milieux équilibrés dont le cortège floristique et faunistique a acquis une certaine richesse : pessières planitiaires d'Allemagne, pinèdes à Goodyera repens et parfois à Pyrola chlorantha du Bassin parisien.
Cependant, ces réussites ne doivent pas conduire à une généralisation de l'enrésinement ; le bouleversement des biotopes résultant de la substitution des résineux aux feuillus entraîne la disparition de la majorité des plantes préexistantes (à l'exception de quelques espèces sociales : Bryophytes, Pteridium...), l'extinction des chaînes trophiques animales qui en utilisaient les produits, et une perturbation qualitative et quantitative de l'eau du sol dont la rétention est généralement augmentée, surtout sous les pessières.
Le danger d'incendie, enfin, est particulièrement aigu ; si de minutieuses précautions ont permis d'éviter de nouvelles catastrophes dans les landes de Gascogne, il n'en est pas de même dans les régions méditerranéennes où les forêts eurésinées restent extrêmement fragiles.
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