Lorsque les fonds souverains se sont attaqués aux emblèmes de la finance et de l'industrie (la Bourse de Londres, le Nasdaq aux États-Unis, la banque britannique Barclays, l'Union des banques suisses, E.A.D.S., etc.), les pays occidentaux ont compris que ces acteurs financiers s'installaient durablement dans le capitalisme mondialisé. Prédateurs pour les uns, sauveurs pour les autres, ces fonds d'investissement semblent dotés de ressources illimitées. À la fin de l'année 2008, leur puissance financière représenterait, d'après les estimations du F.M.I., 1 900 à 2 800 milliards de dollars, tandis que la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement l'évaluait à 5 000 milliards de dollars. À terme, ces nouveaux détenteurs du pouvoir et leurs mandataires pourraient modifier les rapports de propriété dans le monde.
1. Définition et enjeux
Les fonds souverains (sovereign wealth funds) sont des fonds d'investissement publics détenus par des États qui cherchent à faire fructifier leur épargne nationale sans avoir à rendre compte à des actionnaires. Sur la scène internationale, ils ont pris le relais des puissants investisseurs privés (private equity fund) qui tout au long des années 1980 et 1990 rachetèrent par emprunts des milliers de sociétés dans le monde. La crise des subprimes de l'été de 2007 ayant fissuré le modèle économique des fonds privés, en même temps qu'elle fragilisait l'édifice du crédit outre-Atlantique, les fonds souverains ont momentanément pallié les besoins en capital de groupes financiers mis en difficulté et contribué à stabiliser l'industrie bancaire en crise. Ils ont agi d'abord de façon discrète, puis de façon plus visible, voire agressive au point de susciter des interrogations sur leurs ambitions. Leur participation aux actifs de grandes entreprises risque-t-elle de leur donner accès à des informations stratégiques (connaissance des marchés, négociations en cours, recherche et innovation) ? Utiliseront-ils leur nouvelle puissance f […]
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