3. Le paradigme de l'analyse fonctionnelle
Robert K. Merton (1910-2003), qui fut l'élève de Parsons, amende le point de vue fonctionnaliste pour le diriger vers une voie plus modeste mais aussi plus opérationnelle. Dans le recueil d'articles parus sous l'intitulé Social Theory and Social Structure (1949), Merton propose d'abord de clarifier une sémantique bien incertaine. Derrière le mot « fonction » se tiennent en effet des concepts fort différents (une profession, une relation entre variables mathématiques, un processus de maintien d'un organisme...). À l'inverse, nombre d'expressions (usage, utilité, dessein, motif, intention, but, conséquences) pourraient convenir pour désigner ce qu'habituellement les chercheurs en sciences sociales nomment fonction.
Merton avance d'un pas supplémentaire dans la critique pour noter les défauts multiples dont souffre le fonctionnalisme, tel du moins qu'il a été poli par les anthropologues. N'est-il pas contestable d'affirmer en premier lieu que les institutions qui composent une société s'articulent nécessairement de façon harmonieuse (postulat d'unité fonctionnelle) ? L'on sait que, dans une même société, plusieurs religions peuvent coexister et susciter des conflits entre groupes rivaux. En ce cas, difficile d'affirmer que le rôle intégrateur habituellement dévolu à l'institution religieuse fonctionne au mieux. Ne faut-il pas contester pareillement l'idée que toute institution remplit nécessairement une fonction positive (postulat du fonctionnalisme universel) et vitale (postulat de nécessité) ? Ici encore Merton répond par l'affirmative. Les formes culturelles peuvent avoir des effets variables d'un groupe social à l'autre, positifs pour les uns, négatifs pour les autres. Les sociologues français de l'éducation le démontreront à l'envi lorsque, dans les années 1960 et 1970, ils mettront en évidence le rôle bénéfique du système éducatif au profit exclusif des classes sociales dominantes. Quant au postulat de nécessité, qui associe de faço […]
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