3. Actions et vente par correspondance
Ces manifestations Fluxus tiennent du chahut, du théâtre, du mime, de la poésie déclamée, du concert, voire de l'exposition. Les commentateurs ont pris l'habitude de les désigner comme des performances (de to perform, « accomplir ») ou des happenings (approximativement, « quelque chose qui a lieu »), mais c'est le mot event (« événement »), proposé par George Brecht (né en 1925), qui est utilisé de préférence par les artistes : il peut désigner toutes sortes d'actions, du geste le plus simple et le moins théâtral (boire un verre d'eau) aux jeux collectifs les plus débridés (scier un piano), voire qualifier d'œuvre un événement de la vie privée... Un event est en quelque sorte une œuvre d'art totale débarrassée de l'emphase wagnérienne, que l'idée véhiculait au début du siècle. Le cinéma relaie très naturellement cette pratique, et les Fluxfilms figurent en bonne place dans l'histoire du cinéma expérimental. L'organisation d'events représentera l'essentiel de l'activité Fluxus jusqu'en 1964 – date à laquelle Maciunas, de retour à New York, va concentrer son attention sur l'édition de multiples, de façon à contourner le circuit traditionnel du commerce de l'art, et à rendre aux artistes le privilège de la distribution de leurs travaux. Le numéro 1 de la revue Fluxus, lorsqu'il paraît enfin en 1964, est bien plus un objet qu'une revue, expédié à ses destinataires dans des caissettes de bois estampillées Fluxus. Les Flux Year Boxes, Fluxkits, qui prennent sa suite, se présentent comme des coffrets, contenant toutes sortes de choses, – photographies, petits objets, carnets imprimés, etc. Jusqu'au début des années 1970, l'édition et la distribution dominent ainsi largement l'activité de Fluxus. Des milliers de multiples sont produits dans le cadre d'une petite structure – Fluxus Mail Order Warehouse – forgée à l'image des premières maisons de vente par correspondance au xixe siècle, dont elle recycle, et d'ailleurs souvent avec brio, l'esthétique […]
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