2. Le passé recueilli
Firdousi a parlé lui-même de ses sources. Il a rassemblé des documents épars qui dépendaient d'œuvres en pehlevi, la langue littéraire d'époque sassanide, pré-islamique ; de celles-ci, à deux exceptions près, il ne nous reste que les titres, mais l'on sait en reconstituer la substance. En réalité, s'il est tout à fait vraisemblable que plusieurs textes lui soient venus directement d'époque ancienne, une grande part de sa documentation est passée par des traductions en arabe utilisées par des historiens des premiers siècles de l'Islam. Le texte le plus célèbre est le Khwatāy-nāmak (Livre des Rois) traduit du pehlevi en arabe par Ibn al-Muqaffa‘ au viiie siècle, et tôt réaménagé, en particulier par des historiens des milieux syro-perses. D'autre part, on possède la Préface en persan d'un Shāhnāmè perdu ; elle nous apprend que ce livre en prose persane fut achevé en 957 ; sous la direction du vizir du gouverneur de Ṭūs, Abū Mansūr, quatre informateurs mazdéens en avaient procuré la matière. Deux poètes au moins ont travaillé sur ce texte de base avant Firdousi : Mas‘ūdī de Marv et Daqīqī. De ce dernier, Firdousi incorpora dans son texte l'histoire de la fondation du zoroastrisme, mise en vers d'un texte dont on garde la source pehlevie, Le Mémorial de Zarēr ; É. Benveniste a montré que ce mémorial était d'origine parthe. Firdousi eut également des informateurs iraniens de son temps qui gardaient la mémoire des gestes anciennes, tel le vieux Āzād-sarv, « qui possédait un livre des rois ».
Le mètre du Shāhnāmè, le motaqāreb (trois pieds d'une brève et deux longues et un d'une brève et d'une longue), est en réalité un cas de l'« assujettissement à la prosodie quantitative arabe » (É. Benveniste) du mètre syllabique iranien, ici l'hendécasyllabe. Iranienne aussi cette disposition du poème où chaque distique a sa rime propre. Le génie de Firdousi est dans l'élaboration de son matériau ; on peut suivre les efforts de l'auteur et l'on a su reconstituer (Z. Ṣafā) les étapes de la composition du poème.
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