4. Le « grand » Dostoïevski
• Le séjour en Occident et ses conséquences
Par la faute d'un contrat léonin, Dostoïevski courait à la catastrophe s'il ne livrait pas Le Joueur (Igrok) le 1er novembre 1866. Il prit une sténographe. La jeune Anne Grigorievna trouva le célèbre écrivain « malheureux, abattu, harassé » et sortit de chez lui triste jusqu'à la mort. Ils travaillèrent ensemble et, le 30 octobre, l'ouvrage était achevé. Le 15 février 1867, ils se marièrent. Le 15 avril, ils prirent le train pour Berlin : pour fuir les créanciers.
À Dresde, Dostoïevski admire la Madone Sixtine et Acis et Galatée de Claude Lorrain ; à Bâle, il est horrifié par le Christ mort de Holbein ; à Genève, il s'indigne de la haine vomie contre le christianisme et la Russie par les orateurs du congrès de la Paix et de la Liberté ; à Florence, il lit avec passion les journaux russes. Il n'aspire qu'à la Russie, mais comment y rentrer sans argent ? Les époux vivront à l'étranger la guerre franco-prussienne, la Commune de Paris et ne regagneront Saint-Pétersbourg qu'en juillet 1871.
Ce long séjour loin de la Russie a déterminé la suite de la carrière littéraire de Dostoïevski. L'Occident n'est plus seulement le règne haïssable de la bourgeoisie et de l'argent – qui hélas ! depuis l'abolition du servage s'introduit peu à peu en Russie. Il est le siège d'une vaste conspiration, menée par le socialisme international devenu athée, dont Dostoïevski eut à Genève la révélation. Tous ses efforts tendront maintenant à mener contre l'ennemi un double combat : défensif, en dénonçant ses méfaits ; positif, en exaltant la Russie et le « Christ russe », puisqu'il n'est de christianisme à ses yeux que dans le peuple orthodoxe russe.
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