3. Réflexion et activité
• Le bagnard sans désespoir
Quatre ans de bagne et puis simple soldat sans terme prévu : le talent sera-t-il tué dans sa fleur ? L'homme, brisé ? Non : Dostoïevski a décidé de vivre et de reprendre sa place dans la littérature, un jour, au premier rang. Sa lettre à son frère, au retour de l'« exécution », est un acte de foi et d'espérance, de charité aussi : « La vie est partout la vie... À mes côtés il y aura des hommes : être homme parmi les hommes... voilà où est la vie... Je garderai purs mon esprit et mon cœur. Je renaîtrai meilleur. »
Sa vie au bagne, il la raconte, aussitôt sorti, dans une autre lettre à son frère, sans exagérer ni édulcorer : l'hostilité des bagnards pour les « nobles », la dureté des travaux, la chambre puante et glacée, les chaînes à traîner, les cris et les querelles, n'être jamais seul de jour ni de nuit. Mais voici sa conclusion et comment il a réalisé son programme : « Frère, sur cette terre, il y a beaucoup et beaucoup de braves gens... Même au bagne... j'ai distingué des hommes... Quelle joie de découvrir l'or sous la grossière écorce ! Et non pas un ni deux, mais un bon nombre... J'ai vécu de leur vie... Combien d'histoires... de toute cette vie de traîne-misère de notre commun peuple ! Il y aurait de quoi remplir des volumes. Quel peuple admirable ! Je n'ai pas perdu mon temps : j'ai connu le peuple russe. »
Sa résolution avait sauvé en lui l'homme et l'écrivain. Il s'était interrogé aussi sur sa religion : « Je suis un enfant du siècle, enfant de l'incroyance ou du doute jusqu'à ce jour, et je le serai même (je le sais), jusqu'à la tombe. Que de souffrances... me coûte cette soif de croire d'autant plus forte qu'il y a davantage en moi d'arguments contraires... Et pourtant Dieu m'envoie parfois des instants où je suis tout à fait tranquille. Dans ces instants... je me suis composé un credo où tout pour moi est clair et saint... : croire qu'il n'est rien de plus beau, plus profond, plus sympathique, plus raisonnable […]
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