2. Avant le bagne
• L'enthousiaste des lettres
Second fils d'un médecin-major, Fiodor ne fut pas un enfant martyr. Son père n'était pas un monstre, il voulait seulement des fils bien instruits, armés pour la vie. La mère était profondément chrétienne. Le petit Fiodor (en français Théodore) était vif, joueur, observateur, grand liseur, très sensible, trop nerveux peut-être. Il était porté vers les lettres : Karamzine, le Tite-Live de la Russie et l'auteur de La Pauvre Lise, nouvelle larmoyante ; Pouchkine, l'incomparable poète. Devenu veuf, le père conduisit ses deux garçons à Saint-Pétersbourg préparer l'École du génie : un avenir assuré. Voilà Théodore interne, boursier parmi des garçons riches, condamné à la géométrie, à la fortification et aux manœuvres. On deviendrait à moins morose, pâle et renfermé : il est surtout réfléchi. Il a quelques amis, avec qui il parle de littérature. Tout le romantisme est passé en revue : Schiller, Hoffmann, Hugo, le Faust de Goethe, et bientôt les romanciers Walter Scott, Balzac, Soulié, Eugène Sue, George Sand. La mort du père, assassiné par ses paysans, désole moins le jeune enthousiaste que n'a fait celle de Pouchkine. Il raffole de théâtre, ose un Boris Godounov, après Pouchkine, et une Marie Stuart ; il traduit Eugénie Grandet. Comment rester dans un bureau à dessiner des plans quand on ne pense qu'à la gloire et à la mission d'écrire ? Dostoïevski donne sa démission de lieutenant du génie.
Il a son programme de vie, qu'il a confié depuis quatre ans déjà à son aîné (août 1839) : « J'ai confiance en moi. L'homme est un mystère. Il faut le percer et, si cela demande toute la vie, qu'on ne dise pas qu'on a perdu son temps. Pour moi, je travaille ce mystère, car je veux être un homme. »
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