4. En quête d'une littérature nationale
La patiente conquête d'une indépendance, menacée vivement à l'ouest, puis à l'est, explique un romantisme nationaliste, jamais renié, que justifient en outre la conscience d'un passé riche de traditions épiques, l'appartenance à une nation dont l'antiquité soulève maintes passionnantes énigmes, et le sentiment d'avoir vécu – de continuer à vivre – une histoire exemplaire à plus d'un titre. Parallèlement, malgré l'ouverture aux souffles venus de l'étranger, malgré les efforts vers un réalisme fruste chez les uns, somptueux chez d'autres, raffiné pour certains encore, malgré le plaisir de faire chanter une langue d'une rare musicalité, revient toujours le romantisme éternel de cœurs torturés par d'indicibles angoisses, trop compromis avec la terre mère et l'histoire pour être capables de discerner les envoûtements de la vie des fascinations de la mort.
• La nuit épique
Le Moyen Âge finlandais a prodigieusement chanté. En octosyllabes formés de quatre trochées obligatoirement liés par le jeu des allitérations et la loi du binaire (toutes les idées sont répétées de deux façons différentes), ce qui ne va pas sans obscurités, artifices ni lourdeurs, les runo, c'est-à-dire les chanteurs (le mot ne signifiera chant que beaucoup plus tard), accompagnés de cette sorte de cithare que l'on appelle kantele, déclamaient seuls sur fond de chœur, ou encore assis à deux, face à face, mains dans les mains et se balançant d'avant en arrière – attitude magique que l'on retrouve dans certaines visur islandaises rapportées au xiiie siècle. Les aventures fantastiques du dieu Vaïnämöinen et du panthéon finnois, la geste de Lemmikäinen ou celle de Kullervo, la fête de l'ours, et quantité d'autres poèmes, contes, proverbes, énigmes, incantations ; mythe ou histoire : tout a été matière à chant. Fables, contes, légendes y ont subi un grossissement épique animé d'un dynamisme étrange, sorte de mouvement perpétuel qui fait avancer le poème dans l'envoûtement très particulier que procure la geste atemporelle des débuts de l'histoire. Tous les tons s'y rencontrent cependant, et la moindre des originalités de […]
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