3. Une morale ambiguë
À la fin d'une histoire policière est expliqué le crime, c'est-à-dire un aspect de la nature humaine. Dans les serials du cinéma muet, tout était simple : les bons d'un côté, les méchants de l'autre. Mais, avec l'avènement du film noir, la présence simultanée du Bien et du Mal en une même personne constitue le thème central du film. « Vous croyez que le bien c'est la lumière et que l'ombre c'est le mal, interroge un personnage du Corbeau en faisant osciller une lampe. Mais où est l'ombre ? Où est la lumière ? » Nul héros n'est plus ambigu que Bogart, dandy rageur et fatigué, paladin sans peur mais nullement sans reproche du film noir américain, agissant constamment aux frontières de la légalité et satisfaisant dans les coups reçus un incontestable masochisme. Que le héros soit assassin de sa femme (Conflict), gangster en fuite (Dark Passage, High Sierra) ou policier (The Enforcer), il reste le même personnage fort et vulnérable tout à la fois. La Loi du silence (I Confess, 1952) d'Hitchcock représente un cas limite. Le père Logan a reçu en confession le récit d'un crime dont il se voit accusé, car lui-même n'est pas absolument pur : la victime s'apprêtait à le faire chanter pour ses relations avec une femme mariée. Le problème n'est plus seulement ici de savoir si le prêtre restera fidèle à son secret, mais s'il n'est pas doublement coupable, non seulement en raison de son passé, mais aussi par la tentation qu'exerce sur lui le martyre. Mais, même dans ses films les plus complexes : Le Faux Coupable (The Wrong Man, 1956) ou Sueurs froides (Vertigo, 1958), Hitchcock semble s'être limité volontairement au divertissement du suspense.
On peut en dire autant de la plupart des adaptateurs de Graham Greene. Presque tous ses romans ont inspiré des films, mais, le plus souvent, la transposition a tamisé l'œuvre, n'en gardant que l'intrigue, les linéaments policiers aux dépens de l'intériorité. Espions sur la Tamise (The Ministry of Fear, 1943) de Lang comme Tueur à gages (This Gun for Hire, 1942) de Fr […]
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