2. L'évolution du film policier
• Cinéma populaire et anarchie
L'avènement du cinéma est contemporain de l'apogée du mouvement anarchiste et de l'évolution de la littérature policière de la simple énigme criminelle (Émile Gaboriau et Arthur Conan Doyle) vers un message social plus ou moins ouvertement exprimé. Le cambrioleur mondain Arsène Lupin, parangon de la reprise individuelle, n'est pas sans affinité avec le célèbre « anar » Marius Jacob ; le succès de Fantômas ne peut s'expliquer, entre 1910 et 1914, sans l'atmosphère de terreur entretenue par la « bande à Bonnot ». Le cinéma annexe aussitôt ces héros de la geste anarchiste. Louis Feuillade traduit en images les exploits de Fantômas et des vampires, dont les aventures formées de plusieurs épisodes maintiennent le spectateur dans l'angoisse jusqu'à la dernière minute.
Le genre fait école : Za-la-Mort en Italie, Homonculus et le docteur Mabuse en Allemagne, la Main qui étreint aux États-Unis, Zigomar et Belphégor en France. La fascination du public pour le crime devient telle que la censure doit réagir. Feuillade délaisse Fantômas en 1916 pour un justicier sans peur et sans reproche, Judex. La revendication sociale héritée de l'anarchie disparaît à peu près complètement du film policier français jusqu'à La Chienne de Jean Renoir, en 1931.
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