3. Les avatars du futurisme
Après la guerre, Marinetti voulut montrer que le fascisme naissant était nourri de principes futuristes (Futurisme et fascisme [Futurismo e fascismo, 1924]). En fait, l'individualisme anarchique du poète qui désirait libérer l'Italie de « la papauté, de la monarchie, du mariage, du parlement et de l'armée » inquiéta un temps les dirigeants fascistes : il y eut même rupture entre 1920 et 1923. Cependant, pris au piège d'une rhétorique belliciste, Marinetti fut incapable de renier longtemps cette descendance décevante et chercha à se convaincre jusqu'à sa mort que l'avant-garde et l'orthodoxie politique n'étaient pas contradictoires, échappant ainsi aux angoisses d'un Maïakovski par exemple, poète du groupe futuriste russe. Le nouvel académicien fasciste chanta entre autres Les Hommes et les machines de guerre mussoliniennes (Canto, eroi e macchine della guerra mussoliniana, 1942), célébra l'invention de l'ersatz lanital dans le Poème de Torre Viscosa (Poema di Torre Viscosa, 1938), où les nécessités de l'apologie du régime l'emportaient sur l'invention personnelle. Il illustrait ainsi à son insu les dangers d'une célébration inconditionnelle des temps modernes, qu'il avait eu le mérite de révéler à son époque.
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