2. Théorie et action futuriste
Le premier manifeste futuriste paraît dans Le Figaro du 20 février 1909, le dernier est de 1941 ; ils témoignent d'une recherche continue dans tous les domaines : littérature, peinture, architecture, théâtre, politique, cinéma, mode, cuisine... Présentés comme des œuvres de réflexion collective, ils sont dus pour la plupart à Marinetti ; les récits allégoriques qui les illustrent (cf. Tuons le clair de lune, 1909), leur lyrisme, leur agressivité représentent l'aspect le plus original de son œuvre.
À l'aurore du monde industriel, le poète découvre que de la technique va naître un homme nouveau, qui ne peut plus sentir, penser, créer à la manière des générations précédentes : « Le futurisme se fonde sur le renouvellement total de la sensibilité humaine produit par les grandes découvertes scientifiques. » Le futuriste dénonce la stérilité des cultures passées : « Admirer un vieux tableau, c'est verser notre sensibilité dans une urne funéraire... » et à la révolte « Boutez donc le feu aux rayons des bibliothèques ! Détournez le cours des canaux pour inonder les caveaux des musées ! » Marinetti chante la technique, le monde moderne et sa beauté qui naît avant tout du mouvement : « Une automobile de course [...] rugissante est plus belle que la Victoire de Samothrace. » L'esthétique de la vitesse est sans doute l'apport le plus fructueux du futurisme (recherche de la simultanéité et de la multiplication des sensations). Dans son amour pour la machine, Marinetti finit par imaginer la formation d'un type non humain et mécanique d'être, vivant dans un univers uniquement électrique et métallique (Le Règne de la machine [Il Regno della macchina, 1910]). Dominé par « l'obsession lyrique de la matière », il cherche des techniques littéraires nouvelles ; Les Mots en liberté (Le Parole in libertà, manifeste italien de 1913), délivrés du carcan de la syntaxe, de la ponctuation, de la logique même sont seuls capables de rendre l'intensité de la vie moderne : style télégraphi […]
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