2. L'architecte de Milan
S'il y avait une ville où régnait l'esthétique médiévale, c'était bien Milan. Or, dans ce bastion du gothique, en 1451, Francesco Sforza appelle Filarète. Depuis la brusque interruption de son séjour romain en 1447, ce dernier avait mené une vie vagabonde de Florence à Rimini, de Mantoue à Venise. Le duc préfère l'Averlino aux artistes locaux, il espère en effet qu'il introduira dans sa capitale les formes et l'esprit de la Renaissance. Malheureusement, il ne semble pas que son protégé ait opté résolument pour les temps nouveaux : la tour du château Sforza, détruite en 1521, n'est connue que par un dessin, mais elle avait encore des accents nordiques et Filarète y fut plus décorateur qu'architecte. Son activité à la cathédrale est peu connue, mais il ne dut pas y faire œuvre de révolutionnaire. L'arc de triomphe élevé à Crémone en 1454 a disparu ; le dôme de Bergame a été entièrement reconstruit par Carlo Fontana. Seul l'Hôpital Majeur à Milan permet de découvrir – encore qu'imparfaitement – le talent d'architecte de Filarète. Le 12 août 1456, le duc Sforza posait la première pierre de cet édifice monumental. L'énorme ensemble prévoyait au centre une église couronnée par une coupole encadrée de tours. Des deux côtés se répétait le motif de quatre grands passages disposés en croix pour accueillir les malades. Des portiques devaient relier l'église aux bâtiments qui la jouxtaient ; à l'extérieur, les passages coïncidaient avec un des côtés des huit cours. L'artiste n'eut le temps de mener à bien que la partie centrale de l'édifice, et la cour de la pharmacie. À la suite de dissensions avec les milieux milanais il fut, en effet, remplacé par Guinforte Solari en 1465. Ce dernier donna à l'édifice une empreinte gothique plus accentuée (fenêtre en arc brisé ; encadrements de terre cuite), mais resta fidèle au plan primitif, de même que les architectes qui se succédèrent sur ce chantier jusqu'au xviiie siècle.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



