2. Une poésie cosmique
Feuilles d'herbe est un monumental conglomérat, un patchwork mobile où sensualité et mysticisme se mélangent et se répondent. L'âme et le corps y sont réconciliés, l'illumination voisine la transe, l'émotion immédiate se mêle aux visées politiques, à une conception de l'homme moderne épris de science positive et de démonstration exacte. Le poème s'exalte en tendant vers un grand Tout : « Je ferai des poèmes, des chants, des pensées ayant trait à l'ensemble. » Ce besoin révèle un esprit cosmique qui invite à parcourir « à vol d'oiseau d'immenses étendues ». Whitman est un monde à lui seul. « Il incarne toute la littérature, il a inventé toute la poésie publique... et tant de choses qu'on pourrait parler de lui jusqu'à demain et plus encore », écrit Jorge Luis Borges (1899-1986). Tout lecteur devra donc s'abandonner à ce flux de paroles et à leur liberté s'il veut partager le sentiment de celui qui écrit : « Je suis une masse de choses dont chacune est succulente ; Chaque moment, chaque événement me fait tressaillir de joie. »
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