2. Un art composite
Les premières œuvres de Hodler marquent l'influence de Corot, notamment ses paysages, ou se situent dans la tradition des romantiques allemands quand elles privilégient des scènes d'intérieur à l'intimité silencieuse et baignée de lumière. Vers 1885, l'artiste trouve sa voie : « Clarté formelle, simplicité des représentations, répétition des motifs. » Ainsi que bon nombre de ses contemporains, en cette époque d'individualisme forcené, il participe du courant de l'art européen de la fin du siècle, tout en restant un peu isolé, irréductible à une école. Comme celui de Puvis de Chavannes et de Degas – dont l'influence est très évidente – l'art de Hodler est profondément enraciné dans la tradition : les grands maîtres sont pour lui les Florentins, Michel-Ange, Raphaël (une des figures de La Nuit reprend le Diogène de L'École d'Athènes), Orcagna, Signorelli. Ainsi, les compositions de Hodler ont la clarté et les grands rythmes calmes de celles de Puvis. Mais, à l'héritage des Italiens de la Renaissance s'ajoute chez lui, inévitable pour un artiste suisse, celui de deux grands peintres allemands, Dürer et Holbein. De ce dernier, le Christ mort de Bâle, vu en 1876, le marquera profondément ; Hodler, qui sera toujours hanté par le thème de la mort, s'en souviendra lorsqu'il peindra Valentine Godé-Darel sur son lit de mort. À ces peintres, il doit sa volonté expressionniste et son réalisme incisif, deux éléments absents de l'art de Puvis et qui apparentent Hodler à un artiste comme Klimt dont il n'a pourtant pas la sensualité. On ne trouve pas, en effet, chez Hodler cette idée, chère à Klimt et à la plupart des artistes « Art nouveau », de la femme montrée comme une créature voluptueuse et satanique. Chez lui, elle devient l'héroïne spirituelle d'une aspiration à l'harmonie perdue de l'homme avec la nature, comme dans Communion avec l'infini (1892, Kunstmuseum, Bâle). Après les années 1880, il privilégie un réalisme de l'expression et de la couleur, avec des drapés qui soulignent une […]
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