Né à Charmes, dans la Drôme. Facteur rural à Hauterives, Ferdinand Cheval dispose d'un petit bagage de connaissances géographiques, historiques et scientifiques. Fonctionnaire sans reproche, il semble avoir été également bon époux et bon père. Il est donc voué manifestement, en dépit de son nom de centaure postal, à l'une de ces existences sans histoire que chaque époque reproduit à des centaines de milliers d'exemplaires. Mais il advient un jour qu'il rêve d'un étrange palais. Et voilà sa vie bouleversée ; voilà le personnage qui sort de l'ombre des existences anonymes pour se muer en un héraut du merveilleux, car il n'aura de cesse qu'il n'ait inséré l'image onirique dans l'espace visible, qu'il ne l'ait inscrite au cœur même du réel.
Il se met aussitôt au travail. Le travail, c'est, d'abord, « le grand charroi » : de la campagne environnante, il amène à pied d'œuvre, dans sa brouette, galets et fragments de rocher qui lui serviront de matériau. Puis il s'attaque à la construction : de 1879 à 1912, il bâtira, tout seul, un palais de vingt-cinq mètres de long, de douze mètres de large et de quatorze mètres de haut : « 10 000 journées, 93 000 heures, 33 ans d'épreuves ».
Aucun doute sur l'impulsion initiale : Cheval a obéi à l'injonction du rêve. Mais, sans vouloir méconnaître la part décisive et première du « donné » onirique, il est permis de penser que Cheval tend à minimiser, avec une intention didactique pourtant évidente, toute la part volontaire et consciente de sa création. Le « palais idéal », « rocher », « temple », forêt (et « forêt de symboles ») est aussi, de toute évidence, un livre. Encyclopédiste à sa manière, Cheval a voulu y rassembler ce qu'ingénument il imagine être la somme des connaissances humaines.
Rêve matérialisé, « rocher », palais oriental, pavillon d'exposition universelle, « temple », forêt, encyclopédie pétrifiée, l'étrange monument d'Hauterives est aussi et avant tout un tombeau. Ferdinand Cheval n'hésite pas à se comparer aux pharaons a […]
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