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BRUNETIÈRE FERDINAND (1849-1906)

Historien de la littérature et critique français, Ferdinand Brunetière poursuit une brillante carrière universitaire en enseignant d'abord à l'École normale supérieure, puis à la Sorbonne à partir de 1886. Dans le même temps, il collabore à La Revue des Deux Mondes, dont il devient directeur en 1893. Il critique sans aucune complaisance ses contemporains et, en 1883, dans Le Roman naturaliste, il condamne l'entreprise de Zola et son « matérialisme scientifique », ainsi que ce qu'il appelle son mépris des valeurs morales et du Beau. Selon les convictions de Brunetière, on ne peut dissocier l'art et la morale. Aussi juge-t-il avec beaucoup de sévérité Baudelaire et tous ses successeurs du Parnasse, qui se réclament de la gratuité de l'art. Historien de la littérature, il manifeste le même dogmatisme ; il trouve dans le principe de l'évolution la méthode rigoureuse d'une critique systématique. Séduit par les théories de Darwin, il considère les genres littéraires comme des espèces vivantes soumises aux actions de la vie. Créant ainsi l'histoire des genres, il écrit successivement L'Évolution de la critique (1890), où il met au point son instrument dans l'étude de la critique elle-même, Les Époques du théâtre français (1892) et Évolution de la poésie lyrique au XIXe siècle (1894). Très attaché à l'idéal classique, il veut remettre à l'honneur le xviie siècle. Il y trouve la force morale et la vérité humaine dont il regrette l'absence chez les écrivains contemporains. Les aspirations spirituelles de Brunetière, jointes à un positivisme sans faille, rendent parfois ses jugements discutables. Très bon orateur, il retrouve dans son style l'ampleur et la fermeté de la période classique. Sa pensée et son style fortement architecturés fondent ses Études critiques (1880-1925) et son Manuel d'histoire de la littérature française (1898). Il aimait trop le xviie siècle pour ne pas se sentir attiré par le catholicisme ; dans cet attrait, les considérations sociales et politiques l'emportaient d'ailleurs, fort classiquement, sur le sens du mystère ou l'appel de la mystique. Sa conversion, tardivement parachevée, lui inspira Sur les chemins de la croyance (1905).

Antoine COMPAGNON

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