2. Témoin et initiateur
On sait l'admiration fervente de Robert Schumann : « Mendelssohn, je lève les yeux vers lui comme vers une haute cime. C'est un véritable dieu » (à T. Schumann, 1er avril 1836) ; ou encore : « Je le tiens pour le premier musicien de notre époque » (15 mars 1839, à Simone de Sire). Marcel Beaufils résume ainsi l'apport de Mendelssohn à la musique : il est « à la fois le témoin des solidités anciennes et l'initiateur romantique [...]. La féerie, le surnaturel, l'intériorité nostalgique opèrent chez lui avec des moyens loyaux, merveilleusement dépouillés. » Mendelssohn occupe en effet une place essentielle entre le baroque contrapuntique de Jean-Sébastien Bach, le classicisme concertant de Mozart et de Haydn, la symphonie beethovénienne, d'une part, et, d'autre part, le romantisme qui vient, celui de Schumann en particulier. Ce dernier, dont le génie est ailleurs, n'a pas comme son ami le don précieux de doser les valeurs sonores et il n'atteint jamais à la transparence orchestrale qui illumine la Symphonie italienne ou l'Écossaise ; Schumann, peut-être, enviait la sérénité et la santé mendelssohniennes qui lui faisaient tellement défaut. Cette sérénité s'accommodait, mais dans l'équilibre, de quelque mélancolie. « J'ai, disait Mendelssohn à ses intimes, une prédilection pour le spleen, comme pour tout ce qui est anglais. Et il me le rend bien. » Ainsi l'auteur du Songe ou de Heimkehr aus der Fremde (Retour au pays) ou des Märchen von der schönen Melusine (Contes de la belle Mélusine) excelle-t-il à créer une atmosphère ; il est en cela précurseur du poème symphonique de Berlioz ou de Liszt, mais sans rien attendre d'un texte pour soutenir son évocation. Le souvenir du titre littéraire suffit à orienter l'allusion descriptive. Il faut oublier que Lieder ohne Worte fut traduit par Romances, car Lieder sans paroles évoque aux Français du xxe siècle un plus noble contenu ; ce détail suffirait à éclairer d'un jour neuf leur interprétation. Mais il serait erroné […]
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