5. La comedia
Mille cinq cents pièces religieuses et profanes, au dire de l'auteur, dont moins de cinq cents nous sont parvenues. Un tel nombre conduit d'ordinaire à faire des considérations qualitatives ou des classements assez problématiques. Plutôt que de privilégier quelques titres, élevés au rang de chefs-d'œuvre, il faut saisir dans sa totalité ce théâtre où la personnalité déterminante de son plus éminent créateur finira par se perdre dans le grand « poème collectif dans lequel tout le monde réclame sa part et son droit à collaborer » (A. Castro).
En 1609, Lope de Vega tire le bilan de ce nouveau théâtre dont il a su rassembler les expressions éparses dans toute la Péninsule. L'Arte nuevo, en dépit de son ton polémique et de son ironie, est révélateur d'une double démarche. Le dramaturge y apparaît comme un artisan, exerçant une activité de pane lucrando ; il s'agit de faire (hacer) plus que d'écrire une comedia. D'où le caractère pragmatique des indications sur le moyen de se gagner les faveurs du public. Mais ce texte va plus loin qu'un simple recueil de préceptes pratiques. Lope de Vega n'est pas seulement le brillant improvisateur qui en une journée écrit une pièce de trois mille vers. Le travail énorme qu'il fournit crée des automatismes qu'on a pris trop souvent pour du naturel ou de la facilité. L'Arte nuevo contient surtout une esthétique du théâtre où Lope, dénonçant certaines conventions aristotéliciennes, propose la troisième voie de la tragi-comédie, mieux adaptée au public des corrales. Mais ce faisant il instaure d'autres conventions, celles d'une nouvelle dramaturgie capable de répondre à l'attente d'une société dominée par l'idéal monarchique et aristocratique.
La comedia lopesque remplit une fonction. Ses trois actes sont les étapes qui du spectacle du désordre de la vie amoureuse, politique, sociale conduisent au retour de l'ordre souhaitable. Ordre du mariage, de l'honneur recouvré, de la révolte justifiée par le roi. L'Arte nuevo est en réalité un nouvel art d'escamoter les conflits et d'exorciser la violence. Dans la tragi-comédie, le rire se mêle aux larmes, mais la catharsis se veut à la mesure d'une société en crise.
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