3. Crépuscule du Phénix (1614-1635)
Après une nouvelle aventure amoureuse à Valence, il rencontre Marta de Nevares. Sur cette ultime passion qui s'achève dans la tragédie – Marta devient aveugle et folle – pèse l'ombre de la culpabilité, accentuée par la rumeur publique que propagent ses ennemis. D'autre part, les modes poétiques sont en train de changer. Depuis la publication, en 1613, des Soledades et du Polyphème, Góngora a suscité une polémique dans laquelle Lope se jette, sous le coup des violentes attaques dont il est l'objet. La République des Lettres se divise. Quevedo et tous les défenseurs de la nouvelle comédie, en particulier Tirso de Molina, se rangent aux côtés de celui qu'ils considèrent comme leur maître. Le théâtre aussi évolue, pénétré par le nouveau style cultéraniste, envahi de machineries qui relèguent au second plan le poème dramatique. Dès 1621, Lope se plaint de la tyrannie des ingénieurs italiens que la vogue naissante du théâtre de cour impose auprès des grands. En 1629, alors même qu'il vient d'écrire le texte de La Selva sin amor, premier opéra espagnol, il est sur le point de renoncer au théâtre après quelques échecs où il voit les signes d'une désaffection de son public. Il ne s'agit en réalité que d'une crise passagère puisque le manuscrit de Las Bizarrías de Belisa, une des dernières comedias, est daté de 1634. On y perçoit l'écho d'un adieu et la crainte de l'oubli. Cette vie, qui, souvent, en dépit des difficultés matérielles, des deuils, des repentirs, a été une fête, s'achève dans le désenchantement. Lope meurt le 27 août 1635. Tout Madrid accompagne le deuil. Mais Calderón vient d'écrire La vida es sueño.
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