2. « Arte nuevo » et grandes espérances (1596-1614)
Partagé entre deux femmes et deux ambitions, Lope traverse la période la plus féconde de sa carrière. Amant de Micaela de Luján, mari de Juana de Guardo, il doit subvenir aux besoins de ces deux foyers où naissent et meurent des enfants. Le duc de Sessa, dont il devient le secrétaire, lui vient en aide, mais lui impose d'humiliantes compromissions. Les obligations matérielles n'expliquent pourtant pas à elles seules la frénésie créatrice qui caractérise ces années. Assuré de son triomphe au théâtre pour lequel il écrit les œuvres reconnues par la critique moderne comme les plus achevées, il tire le bilan de trente années de pratique dramaturgique dans El Arte nuevo de hacer comedias (1609). Désireux également d'obtenir la consécration des lettrés, il cultive tous les genres « nobles » : roman, épopée, panégyrique, pastorale. Les doutes qui le tourmentent n'ont pas pour origine la seule vanité blessée d'un écrivain mortifié de n'être reconnu que du vulgaire. À la suite d'une profonde crise spirituelle, après la mort d'un jeune fils et de sa seconde femme, Lope se fait ordonner prêtre en 1614.
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