Issu d'un milieu modeste, Bracquemond a été formé très jeune dans l'atelier du peintre Joseph Guichard (1806-1880), qui avait lui-même concilié les enseignements d'Ingres et de Delacroix. De cette formation très particulière, il gardera toute sa vie le goût de l'indépendance, la haine des compromis et de l'académisme. Malgré quelques très beaux pastels, sa carrière de peintre n'aboutit pas. En revanche, il joue un rôle déterminant dans le renouveau de la gravure française, et en particulier de l'eau-forte, au milieu du xixe siècle (voir J.-P. Bouillon, Félix Bracquemond, Le Réalisme absolu, Skira, Genève, 1987) ; son Haut d'un battant de porte (1852) est à cet égard une pièce capitale et le prélude à une longue série de chefs-d'œuvre parmi le millier de gravures qu'il a laissées : le portrait de Meryon (1853), celui d'Edmond de Goncourt (1881), Vanneaux et Sarcelles (1862), La Terrasse (1876), Le Vieux Coq (1882), Les Mouettes (1888 env.), ou encore des gravures de reproduction, comme le Boissy d'Anglas d'après Delacroix (1880), et une série de planches d'après Millet (1886-1888). Son rôle d'animation n'a pas été moins considérable : ami de Meryon, de Corot, de Manet, il est pour beaucoup dans leurs travaux de gravure. Très actif dans le milieu parisien, il n'est guère d'artistes importants avec lesquels il n'ait été en relation, dans les camps les plus opposés : Baudelaire et Goncourt, Carolus-Duran, Puvis de Chavannes, Meissonier, mais aussi Degas, Gauguin, Pissarro... On le trouve à l'origine des groupements qui animent la vie artistique française dans la seconde moitié du siècle : Société des aquafortistes (1862-1867), groupe impressionniste, à la première exposition duquel il participe (1874), Société nationale des beaux-arts, fondée en 1890, Société des peintres-graveurs en 1891. Parallèlement à son œuvre gravé, il faut souligner son rôle dans le domaine de la céramique, dont il contribue à renouveler les formes et les thèmes (Service Rousseau, 1866 ; direction d'un atelier de recherche à Auteuil de 1872 à 1881), sa participation au mouvement des arts décoratifs autour de 1900 et surtout son activité de théoricien, qui se résume principalement dans le livre qu'il publie en 1885, Du dessin et de la couleur.
Jean-Paul BOUILLON
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