Bien qu'il ait occupé très tôt une place centrale dans la vie artistique parisienne (il reste de lui quelques essais littéraires intéressants, parmi lesquels il faut mettre à part ses épigrammatiques Nouvelles en trois lignes, 1906, où il transporte dans le fait divers et l'humour noir la concision mallarméenne), Fénéon a renoncé assez vite à une carrière personnelle pour mettre au service des autres une intelligence et une sensibilité particulièrement raffinées : « F. F. ou le critique », selon l'expression de Jean Paulhan qui lui a consacré une étude fervente (1945). C'est comme critique littéraire qu'il se fit d'abord remarquer ; nous lui sommes en partie redevables, à travers les revues qu'il animait, La Vogue, La Revue indépendante et plus tard La Revue blanche, de la connaissance de Dostoïevski, Tolstoï, Ibsen, Gorki, Strindberg.
En 1923 encore, c'est lui qui fera publier en France le Dedalus de Joyce. Pour le domaine des lettres françaises, la moisson n'est pas moins fructueuse : c'est à lui que revient la publication de certains des textes les plus célèbres de Verlaine, Laforgue, Mallarmé, Gide, Jarry, Apollinaire, et surtout des Illuminations et d'Une saison en enfer de Rimbaud, dont il est le véritable découvreur. Et pourtant Fénéon reste avant tout critique d'art, le plus remarquable peut-être des vingt dernières années du xixe siècle avec Gustave Geffroy ou Théodore Duret, et plus qu'Octave Mirbeau ou Huysmans.
Pourfendeur des gloires officielles, il soutient les jeunes avant-gardes : l'école néo-impressionniste à partir de 1886, plus tard les nabis, Toulouse-Lautrec ; après 1900, il fait encore beaucoup pour Signac, Matisse, Van Dongen, ou la présentation à Paris des futuristes italiens (1912). Mais son grand homme est Seurat : s'il n'est pas tout à fait le premier à relever son nom, il est seul à commenter et à justifier sa nouvelle esthétique à la fois scientifique et symboliste, dans la mesure où le tableau n'est plus désormais simple copie d'un fragment de nature, ma […]
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