Fils de Luis Ezechias Pouchet, révolutionnaire militant et réformateur local des prisons en y introduisant le travail, Félix-Archimède Pouchet mérite mieux que sa réputation d'avoir défendu contre Pasteur la théorie de la génération spontanée des êtres vivants à partir de la matière inorganique. Formé à la médecine à Paris auprès de Broussais et de Laennec il suit les cours du Muséum d'histoire naturelle et se constitue ainsi une double formation de médecin et de naturaliste. C'est à ce dernier titre qu'il est nommé directeur du Muséum d'histoire naturelle de Rouen en 1828. Il y poursuit divers travaux sur les plantes de la famille des solanées et surtout sur la reproduction des animaux. Il démontre que les spermatozoïdes parviennent au tiers inférieur des cornes utérines chez la lapine et décrit l'ovulation spontanée en l'absence de copulation et observe les premières divisions de l'œuf fécondé. Dans la même logique, il s'intéresse à déterminer le moment de l'ovulation chez la femme. S'il se trompe absolument en concluant que l'ovulation a lieu au moment des règles, sa description de l'évolution des cellules vaginales au cours du cycle menstruel et celle de la glaire cervicale, sont en revanche exactes et font de Pouchet l'inventeur du frottis vaginal, actuellement surtout utilisé pour repérer des cellules cancéreuses mais il y a peu encore utilisé pour vérifier l'état hormonal de la femme. Il semble bien que ce soit vers 1850 que la rigueur scientifique de Pouchet connaisse quelque altération. Il postule par exemple que les spermatozoïdes grandissent et pour cela doivent se nourrir. Il décrit donc leur appareil digestif. En 1858, son conflit avec Pasteur sur le problème de la génération spontanée débute. La querelle, d'une grande aigreur, se termine en 1865 avec la démonstration par Pasteur qu'en l'état actuel la génération spontanée n'existait pas. La défaite de Pouchet est indéniable mais la querelle se poursuivit. En effet, si Pouchet ne disposait pas d'observations expérimentales fiables à opposer à Pasteur, il fondait son opposition à ce dernier sur une hypothèse claire transformée par lui en affirmation : puisque la Terre était minérale à son origine, il faut bien que la vie soit apparue spontanément à ses débuts aux dépens de molécules minérales, questionnement plutôt que proposition qui garde toute sa valeur aujourd'hui. Vers la fin de sa vie, Pouchet invente un appareil original, l'aéroscope, destiné à recueillir les poussières de l'air pour les étudier et mesurer leur densité dans l'air, une sorte de préfiguration de la mesure de la pollution atmosphérique. Il décède à Rouen en 1872. Son fils Charles Henri Georges Pouchet (Rouen 26 février 1833-Rouen 29 mars 1894), spécialiste de l'anatomie comparée des poissons et des cétacés, fut professeur au Muséum national d'histoire naturelle à Paris.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



