3. Le chrétien « déchu »
Les Paroles d'un croyant, en 1834, la préface des Troisièmes Mélanges, en 1835, et les Affaires de Rome, en 1836, ne marquèrent pas pour Lamennais la fin de sa foi chrétienne mais le déclin de son audience. Peu à peu, les membres de l'équipe quittèrent le maître, H. Lacordaire d'abord, essentiellement pour des raisons politiques, puis R. Rohrbacher, P. Gerbet, C. de Montalembert pour ne parler que des plus illustres. Dans sa retraite bretonne de « la Chênaie », près de Dinan, Lamennais resta seul, bien décidé à rester chrétien jusqu'à sa mort, mais en même temps refusant d'approuver par son silence les injustices dont ses frères seraient victimes. Deux thèmes reviennent désormais avec force dans ses derniers ouvrages, Le Livre du peuple (1837), La Religion (1841) et l'Esquisse d'une philosophie (1840-1846), celui de la liberté de la conscience droite qui doit pouvoir, le cas échéant, refuser l'obéissance à une puissance tyrannique, et celui de la loi d'amour : le chrétien n'est pas celui qui accomplit les pratiques extérieures de la religion et demeure cependant fourbe, haineux, envieux, dur et méchant envers son prochain. L'esprit des Évangiles, que traduit et commente Lamennais en 1846, est essentiellement de charité, d'ouverture à autrui, de compréhension mutuelle. Il bannit toute intransigeance, tout dogmatisme, générateurs de persécutions, de violences, de haines.
Destin tragique que celui de cet homme qui eut la pénible tâche de semer – Lacordaire, Victor Hugo, Sainte-Beuve, Montalembert, Rohrbacher, Gerbet, Salinis, Maurice de Guérin, George Sand, Michelet en ont témoigné – mais qui ne connut jamais la joie de moissonner. Parce qu'il était un maître de liberté, refusant à la fois la facilité et l'anarchie, il était fatal qu'il se heurtât aux puissances établies, temporelles ou spirituelles. Homme droit, franc et loyal, il écarta toujours les demi-mesures diplomatiques et condamna l'indécision, la prudence, la timidité. Il voulait vivre un […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



