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PHILARÈTE, FEDOR NIKITITCH ROMANOV (1554 env.-1633) patriarche de Moscou (1619-1633)

Fils aîné de Nikita Romanovitch Romanov, neveu par alliance d'Ivan le Terrible et cousin de Fedor Ier, dernier tsar de la maison de Riourik. En haine des Romanov, Boris Godounov l'enlève à sa femme et à son jeune fils Michel pour le faire moine. Fedor Romanov prend alors le nom de Philarète (1598). Il subit le contrecoup du temps des Troubles. Le premier faux Dmitri (1605-1606) le nomme métropolite de Rostov ; le second l'a quelque temps comme partisan (1608). En 1610, on l'envoie en ambassade à Sigismond de Pologne, qui le retient en captivité jusqu'en 1619. À ce moment, son fils Michel est tsar depuis six ans. Dans l'Église comme dans l'État, jusqu'à sa mort, le pouvoir, c'est désormais lui, à l'exclusion du conseil des boyards qu'il tient en lisière.

Le politique s'emploie aussitôt à restaurer les finances en réformant l'assiette et le recouvrement de l'impôt. Il détend la sujétion des paysans envers les propriétaires (1630). Dans tous les ordres, il s'adresse à l'étranger pour amener la prospérité : aux Néerlandais pour l'industrie et le commerce ; aux Anglais pour l'encadrement de l'armée et l'équipement médical. Il encourage la colonisation de la Sibérie en la dotant de son premier archevêché, Tobolsk (1620).

Il gouverne l'Église avec le même pragmatisme. Dès le synode de 1620, il met en garde les monastères contre la cupidité. En 1625, il s'arroge la haute main sur le gouvernement des églises et monastères de sa compétence, dans les limites de l'État de Moscou ; il y revendique un droit de justice étendu, règle les levées et encaissements de taxes. À cette fin, il institue trois bureaux (prikaz) appropriés, qui occupent une armée de fonctionnaires.

Peu sensible à l'urgence d'un relèvement intellectuel du clergé, il accueille néanmoins avec un esprit ouvert les projets de normalisation des livres liturgiques. Son expérience polonaise explique en partie sa conduite blessante à l'endroit des convertis du catholicisme ou de la Réforme, qu'il fait rebaptiser, et aussi la méfiance active qu'il montre à l'égard des doctrines hétérodoxes (sociniennes) ou simplement libérales.

Administrateur énergique et intelligent, Philarète s'est montré l'homme qu'il fallait au lendemain des Troubles. Bien plus que son fils, il est le véritable fondateur de la dynastie des Romanov.

Jean GOUILLARD

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