2. Un système fédéral décentralisé
• Les objectifs
Le nouveau système n'est pas conçu, au départ, pour stabiliser les prix. La discipline de l'étalon or est censée assurer cette fonction. Du reste, malgré les efforts d'Irving Fisher, professeur à Yale, relayé par le très conservateur sénateur démocrate Robert Owen, coauteur, avec le représentant républicain Carter Glass, du projet de loi sur le Système fédéral de réserve, la notion même d'indice du niveau général des prix est mal comprise. A fortiori, l'idée de Fisher de stabiliser automatiquement l'indice des prix en compensant ses variations par un changement proportionnel du poids en or du dollar suscite l'incompréhension. Les objectifs du F.R.S. seront, au départ, plus limités : assumer les fonctions de banque du Trésor, pourvoir à l'uniformité et à la discipline de l'émission monétaire grâce à l'étalon or et une élasticité accrue, garantir la sécurité des paiements en assurant la compensation et en acceptant de prêter en dernier ressort aux banques illiquides en période de ruée bancaire.
Le Federal Reserve Act est signé par le président Woodrow Wilson le 23 décembre 1913 et le système commence à fonctionner fin 1914. L'architecture d'ensemble est située à mi-distance entre une banque centrale (que l'opinion refuse toujours par crainte d'une mainmise des grandes banques de Wall Street sur les banques locales) et le monopole fédéral du Trésor, qui a déjà démontré ses limites (à travers le mauvais fonctionnement des pyramides de réserves imposées par l'O.C.C.).
Compromis entre les thèses de Wall Street et de La Salle Street, le F.R.S. est une confédération souple, formée de douze banques fédérales de réserve. L'organe de coordination est le Federal Reserve Board installé à Washington D.C. En 1935, ce directoire, rebaptisé Board of governors, voit sa composition modifiée. Cet organe devient alors l'instance de direction de l'ensemble du F.R.S. et son chairman en devient le véritable président.
D'un côté, on a donc une structure décentralisée, semi-commerciale et dotée, juridiquement, d'une grande autonomie ; de l'autre, une agence fédérale statutairement indépendante du gouvernement, qui reçoit ses attributions du Congrès et ne rend de comptes qu'à lui. Pourtant, le Fed est placé pendant des décennies sous la dépendance politique du Trésor et ne parvient à s'en libérer que très tardivement.
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