3. Faust au XXe siècle
La guerre de 1914, puis la crise de 1920-1930 vont rendre à Faust son actualité. À travers Goethe lu dans les tranchées allemandes, il achève de devenir un héros national, tandis que, dans le camp adverse, il se voit suspecté et remis en question.
• L'« homme faustien »
À la fin de 1918 paraît à Munich un ouvrage imposant de philosophie de l'histoire, Le Déclin de l'Occident d'Oswald Spengler. L'« homme faustien » y est présenté comme le type constant de l'homme occidental depuis le Moyen Âge. Sa force et sa grandeur lui viennent de sa passion de l'espace infini et de sa volonté de puissance. Plus nietzschéen que goethéen, il ne connaît ni pacte ni Marguerite, et son aspiration le porte à l'action, à la technique, aux conquêtes, plus qu'à la connaissance. L'Allemand moderne, le Prussien surtout, est le meilleur représentant de cet « homme faustien » et donc l'avenir lui appartient.
La synthèse historique du Déclin paraît aujourd'hui bien discutable. Reste une ample vision épique de l'homme occidental, qui va souvent altérer la vision goethéenne. Rares seront les critiques qui maintiendront que, chez Goethe, Faust n'est pas « faustien ». On confond très généralement le personnage de Goethe, le Faust national allemand et l'« homme faustien ». Le succès de ce cliché ambigu vient de ce qu'il évoque, au moment où l'Europe vacille, la figure idéale d'un héros mythique debout au milieu de la catastrophe. Le nationalisme allemand compense en lui ses rêves irréalisés. Paradoxalement, l'« homme faustien » est accueilli aussi dans les pays étrangers (anglo-saxons et sud-américains surtout), qui reconnaissent en lui la volonté de puissance de l'homme moderne : en somme, une version simplifiée du surhomme nietzschéen.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 6 pages…



