Le domaine de Faunus, divinité romaine, inquiétante et complexe, est proprement rural : champs, prés, forêts, par opposition à tout ce qui est urbain. Son pouvoir est à la fois nécessaire et redoutable pour l'homme ; son aire d'action englobe tout un secteur indispensable à la survie de la société humaine : terres cultivées, pâturages pour les troupeaux, exploitations forestières..., et on a besoin de lui pour susciter la fécondité du sol et des bêtes ; mais, en même temps, on redoute ses agressions toujours imprévisibles, contre les femmes en particulier, et ses humeurs fantasques. Il rend ses oracles la nuit, au fond des bois ; le consultant, étendu sur la peau d'une brebis sacrifiée, est en proie à des visions terrifiantes pendant son sommeil divinatoire. Il préside enfin à la fête des lupercales, étrange manifestation de sauvagerie primitive. En bref, il représente le nécessaire concours de la nature dans ses forces les plus incontrôlées à l'élaboration de la culture, avec tout ce que cela suppose de risques et d'imprévus. Aussi bien, les poètes forment-ils volontiers, à partir de son nom propre, le nom commun fauni, qu'ils appliquent aux populations non encore civilisées (par exemple dans l'Énéide, liv. VIII, v. 314).
Il est ordinairement associé à Silvanus, dont le nom indique assez clairement qu'il veille aux forêts exploitables par l'homme. Mais, avec sa tête chenue et son jeune cyprès à la main, Silvanus n'a rien d'effrayant ; aussi, au cours de l'histoire de Rome, devient-il de plus en plus le protecteur de la vie agricole. Il représente en quelque sorte l'aspect utile et positif de Faunus, ce dernier ne gardant que ses attributions sauvages et redoutables.
L'effort religieux pour capter au bénéfice de l'homme les puissances de fécondité de la nature sauvage s'est traduit à Rome par le culte d'une série de divinités mineures, présidant chacune à un stade précis du développement des plantes cultivées. Parmi ces divinités, Flora devait connaître une fortune plus brillante que les […]
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