2. Les lois et principes de l'alliance et de la famille
De façon apparemment paradoxale, nous conclurons, de ce qui précède, que la famille est bien un donné universel, en ce sens seulement qu'il n'existe aucune société qui soit dépourvue d'une institution remplissant partout une ou plusieurs des mêmes fonctions (unité économique de production et de consommation, lieu privilégié de l'exercice de la sexualité entre partenaires autorisés, lieu de la reproduction biologique, de l'élevage et de la socialisation des enfants) et obéissant partout aux mêmes lois : existence d'un statut matrimonial légal autorisant l'exercice de la sexualité entre deux des membres de la famille au moins (ou prévoyant les moyens d'y suppléer), prohibition de l'inceste (car les partenaires autorisés ne sont jamais les consanguins), division du travail selon les sexes. Cependant, même si le mode conjugal monogame, avec la résidence commune des conjoints, est le plus répandu, l'extrême variété des règles qui concourent à l'établissement de la famille, à sa composition et à sa survie démontre qu'elle n'est pas, sous ses modalités particulières, un fait de nature, mais au contraire un phénomène hautement artificiel, construit, un phénomène culturel.
• De la nature à la culture
Mais, alors, pourquoi la famille existe-t-elle ? Quel propos sert-elle pour être universelle, quelle que soit la forme sous laquelle l'ont instituée les multiples sociétés du monde, actuelles ou passées ? La réponse à ces interrogations passe par la réponse à une question plus générale, celle de la raison d'être des lois que l'on trouve associées à l'établissement de la famille : la forme légale du mariage, la prohibition de l'inceste, la répartition sexuelle des tâches. On ne peut prétendre non plus que ces lois soient fondées sur des exigences naturelles : ainsi, la qualité des consanguins interdits par la prohibition de l'inceste est extrêmement variable selon les sociétés ; quant aux tâches, celles qui paraissent les plus fémin […]
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