3. L'analyse économique de la fécondité
À l'exception des travaux de Thomas Robert Malthus, voici plus de deux siècles, la fécondité n'a été que très peu prise en compte dans les travaux des économistes. Selon Robert Willis (1973), c'est Becker qui, le premier, a tenté de réconcilier la proposition néo-malthusienne selon laquelle un accroissement du revenu tend à stimuler la fécondité, avec le fait que la croissance du revenu s'est accompagnée d'un déclin séculaire de la fécondité dans les pays développés, et que l'on observe également dans la plupart des pays développés une relation inverse entre revenu familial et nombre d'enfants (en France, on observe plutôt une courbe en U). Becker, en 1960, dans un article formalisé quelques années plus tard (Becker et Lewis, 1973), applique la théorie du consommateur aux choix de fécondité en faisant intervenir le coût des enfants.
• La demande d'enfants
Parmi les explications du phénomène de baisse de la fécondité avec le revenu, Becker rejette l'idée selon laquelle les enfants représenteraient un « bien inférieur » au sens que les économistes donnent à ce terme, c'est-à-dire un bien dont la consommation baisse (à prix constant) quand le revenu augmente. Mais alors comment expliquer ce paradoxe apparent ? Il fait apparaître que la demande d'enfants d'une famille comporte, outre sa dimension quantitative (leur nombre), un élément d'ordre qualitatif. La « qualité » d'un enfant se mesure par l'ensemble des dépenses qu'il ou elle implique et, de ce fait, augmente avec son niveau d'éducation. Lorsque le niveau général d'éducation des enfants augmente, comme ce fut bien le cas dans les pays développés depuis plus de deux siècles, et comme c'est le cas aujourd'hui dans presque tous les pays en développement, le souhait qu'ont les parents d'avoir des enfants va rencontrer une contrainte liée à leur qualité de plus en plus grande, ce qui implique un coût par enfant lui aussi de plus en plus élevé. L'interaction entre qualité et quantité va donc entraîner une baisse du nombre d'enfants par famille, malgré la hausse généralisée du revenu réel, et ce bien que la majorité des parents soient disposés à leur consacrer une part au moins aussi importante de leur revenu qu'auparavant.
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