1. Extinctions catastrophiques ou disparitions graduelles ?
Depuis la fin du xviiie siècle déjà, deux conceptions s'affrontent au sujet du déroulement de l'histoire de la Terre et de ses êtres vivants. En 1830, reprenant des idées déjà énoncées au siècle précédent par Buffon, certains géologues affirment que les agents qui ont façonné la surface de la Terre ont toujours été de même nature que ceux qui agissent sur le monde actuel. « Le présent est la clé du passé », suivant l'expression du plus célèbre de ces uniformitaristes, l'Écossais Charles Lyell (1797-1875). Cette doctrine s'opposait au catastrophisme, défendu notamment par Georges Cuvier (1769-1832), qui considérait que l'histoire de la Terre avait été marquée à plusieurs reprises par des événements violents, sans équivalent dans l'histoire humaine, susceptibles d'avoir exterminé de très nombreux êtres vivants.
Dès le milieu du xixe siècle, les uniformitaristes prirent le dessus sur les catastrophistes, aidés en cela par le succès de la théorie darwinienne de l'évolution, celle-ci attribuant les transformations des espèces à l'accumulation de variations de faible ampleur triées par la sélection naturelle. Dans un tel cadre intellectuel, le catastrophisme, qui était parvenu à des excès entachés de considérations métaphysiques (il a souvent été associé à une vision « bibliste » de l'histoire de la Terre, car il permettait d'intégrer le Déluge...) connut une éclipse qui dura plus d'un siècle. Cependant, même si la question de l'extinction des espèces suscitait moins d'intérêt que celle de leur origine, elle restait posée, surtout s'agissant des grandes crises qui avaient affecté simultanément un grand nombre d'organismes très différents. Mais, longtemps, les hypothèses proposées se signalèrent davantage par l'imagination de leurs auteurs que par la solidité de leurs fondements scientifiques. Ce n'est qu'à partir de 1980 que le problème commença à se poser en termes concrets, à partir de découvertes inattendues qui fournissaient des éléments permettant de mieux comprendre une des principales extinctions en masse, celle de la limite Crétacé-Tertiaire.
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