Depuis 1980, la conception dominante de l'histoire des êtres vivants au cours des temps géologiques s'est fortement modifiée : à la vision d'un développement graduel et sans heurts s'est substituée celle d'une histoire beaucoup plus chaotique, entrecoupée de crises de nature catastrophique qui viennent ponctuer l'évolution des organismes et l'engager dans des directions nouvelles et souvent inattendues. Un certain nombre de grandes extinctions biologiques ont été répertoriées. Certaines d'entre elles – au nombre de cinq et appelées extinctions en masse – affectent, au niveau mondial et sur une courte durée à l'échelle des temps géologiques, des espèces très variées et aux adaptations diverses. Les causes de ces crises, dont l'existence avait été soupçonnée dès les débuts de la paléontologie au xviiie siècle, ont fait l'objet d'âpres controverses. Le débat sur ces catastrophes a été relancé à partir de 1980 par l'étude de l'extinction en masse de la limite Crétacé-Tertiaire, qui a eu lieu il y a 65 millions d'années. Cette grande vague de disparition d'espèces semble être due à l'impact d'une énorme météorite. Mais toutes ces grandes crises biologiques sont-elles provoquées par les mêmes causes ?
1. Extinctions catastrophiques ou disparitions graduelles ?
Depuis la fin du xviiie siècle déjà, deux conceptions s'affrontent au sujet du déroulement de l'histoire de la Terre et de ses êtres vivants. En 1830, reprenant des idées déjà énoncées au siècle précédent par Buffon, certains géologues affirment que les agents qui ont façonné la surface de la Terre ont toujours été de même nature que ceux qui agissent sur le monde actuel. « Le présent est la clé du passé », suivant l'expression du plus célèbre de ces uniformitaristes, l'Écossais Charles Lyell (1797-1875). Cette doctrine s'opposait au catastrophisme, défendu notamment par Georges Cuvier (1769-1832), qui considérait que l'histoire de la Terre avait été marquée à plusieurs reprises par des événements violents, sans équivalent dans l'histoire humaine, […]
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