1. Statuts contradictoires des institutions religieuses
• Variété des situations nationales
La diversité des statuts religieux en Europe reflète l'histoire contrastée des rapports entre les Églises et les États.
À une extrémité se situent les « Églises d'État », ou encore « officielles », personnes morales publiques bénéficiant d'une place tout à fait reconnue par l'État, y compris dans la responsabilité de certains actes qui, effectués par elles, auront une valeur juridique officielle (ainsi du mariage religieux reconnu comme mariage civil). Évidemment, ces Églises bénéficient d'avantages spécifiques dans l'usage de l'espace public et du point de vue fiscal. C'est le cas de l'Église établie d'Angleterre (Église anglicane), de l'Église orthodoxe en Grèce et, avec des nuances, de l'Église luthérienne au Danemark et en Finlande (en Suède jusqu'en 2000).
À l'autre extrémité, on trouve le système de séparation des Églises et de l'État sur le modèle français. La loi rejette toute croyance dans le domaine privé et ne permet de reconnaître ni, a fortiori, de salarier aucun culte. Le personnel ecclésiastique et les activités religieuses sont à la charge financière des seuls membres des Églises, qui ne peuvent recevoir aucune subvention publique pour le culte. Cependant, ce système n'est pas absolu, car l'État a la responsabilité d'assurer la liberté de croyance et d'exercice du culte : à ce titre, il doit en garantir l'expression (d'où les émissions religieuses sur les chaînes publiques de télévision) et la pratique dans les lieux fermés (d'où les aumôneries de l'armée, des prisons, des hôpitaux et des internats scolaires, payées par l'État) et même participer, au nom de la liberté d'enseignement et de l'égalité des citoyens, aux formes privées de l'enseignement. Cependant, dans le discours, ce ne sont là que les « exceptions » à une norme générale qui s'appelle « laïcité ».
Entre ces deux pôles, une série complexe de régimes juridiques intermédiaires, soit plus proche du caractère officiel, soit plus proch […]
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