Successeur direct de Scribe dans la tradition du vaudeville et dans les faveurs du public parisien, Eugène Labiche a régné en maître sur le théâtre comique durant le second Empire. Cette célébrité ne déteint pas sur sa vie (« trop heureuse pour que [sa] biographie soit intéressante », dit-il lui-même), où le succès ne s'est pas fait attendre : « Je n'ai eu qu'à tirer le cordon pour entrer. »
Issu d'une famille bourgeoise, il fréquente, après une licence en droit, les coulisses du théâtre, collabore à plusieurs journaux et tient une chronique théâtrale régulière à la Revue du théâtre. En 1838, il publie son premier et unique roman, La Clé des champs, sorte de critique de la vie des bourgeois où s'ajoutent des éléments autobiographiques. La même année, il débute comme vaudevilliste avec deux adaptations plus ou moins réussies, Monsieur de Coyllin et L'Avocat Loubet, écrites en collaboration avec deux de ses amis ; sur les quelque cent soixante pièces de sa production, quatre seulement seront signées de son seul nom. Son œuvre suivante, L'Article 960 ou la Donation (1840), porte déjà sa marque. Il épouse, en 1842, une jeune héritière de dix-huit ans ; sa popularité est sans cesse croissante et, à partir de 1843, il produit sans relâche, écrivant d'abord des pièces en un acte dont le comique est fondé sur des rebondissements successifs de situations cocasses : Un jeune homme pressé (1848), La Fille bien gardée (1850), Embrassons-nous, Folleville (1850), Edgar et sa bonne (1852). Cette veine fantaisiste atteint la perfection avec Un chapeau de paille d'Italie (1851), où à la cascade d'événements imprévus il ajoute le rythme d'une poursuite : Fadinard, le jour de son mariage, cherche un chapeau qui doit rendre la tranquillité à une femme compromise ; les invités de la noce le suivent partout, de chez la modiste jusque chez le mari jaloux, ignorant les mobiles véritables de la démarche du marié, accumulant les gaffes. Toute cette course tourne au cauchemar, qui ne s'apaise qu'à la dernière minute. […]
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