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IONESCO EUGÈNE (1912-1994)

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5.  Résurrection de la tragédie

Le succès même de Rhinocéros gêna Ionesco, qui constatait en lui-même la progression dangereuse de l'esprit de sérieux. Continuer dans la voie ouverte par cette pièce risquait fort de conduire à l'abîme. Après plusieurs années de réflexion, il se décide à reprendre son ancienne voie, qu'il va maintenant élargir de façon étonnante. Il écrit d'abord, au cours de l'été de 1962, Le Piéton de l'air, pièce qui se situe entre sa première manière, celle des pièces courtes (1950-1955), et la seconde, celle des pièces longues (de 1957 à 1980) ; souvent proche de La Cantatrice chauve et d'Amédée, elle est plus immédiatement tragique.

La même année, Ionesco donne sa forme définitive à l'admirable Le roi se meurt, « un essai d'apprentissage de la mort » (dont l'obsession se fera encore sentir en 1970 avec Jeux de massacre). Dans un royaume vaguement médiéval, tout va mal, tout se lézarde ; les frontières se rétrécissent... On annonce au roi qu'il lui reste une heure et demie à vivre (le temps de la représentation, dit quelqu'un au public). Le roi refuse d'abord cette vérité, mais peu à peu, de cris en cocasseries ou en méditations lyriques, il va accepter l'inacceptable. 

« Pourquoi est-il roi ? Eh bien ! dit Ionesco, parce que l'homme est roi, le roi d'un univers. Chacun de nous est là comme au cœur du monde, et chaque fois qu'un homme meurt, qu'un roi meurt, il a le sentiment que le monde entier s'écroule, disparaît avec lui. La mort de ce roi se présente comme une suite de cérémonies à la fois dérisoires et fastueuses – fastueuses parce que tragiques. En fait, ce sont les étapes d'une agonie ou, si l'on préfère, celles de la renonciation : peur, désir de survivre, tristesse, nostalgie, souvenirs et puis résignation. Enfin, dépouillé de tout, et seulement à ce moment-là, il s'en va. »

L'angoisse, déjà latente dans les pièces du début, n'a cessé de prendre plus de place dans le théâtre ionescien. La Soif et la Faim, grand drame baroque, plein de manifest […]

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