2. La restauration des monuments. Doctrine et résultats
Viollet-le-Duc s'est expliqué plusieurs fois sur ce qu'il entendait par la restauration. En 1844, dans son projet pour Notre-Dame de Paris, il affirme le principe de conservation intégrale de l'édifice à restaurer. En 1858, dans le Dictionnaire, il développe largement ses idées. « Restaurer un édifice, écrit-il, ce n'est pas l'entretenir, le réparer ou le refaire, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné. » Cette thèse courageuse et énergique est assortie d'un certain nombre de conditions : 1. le « rétablissement » doit être scientifiquement documenté par des relevés et des photographies, des études archéologiques qui en garantiraient l'exactitude ; 2. il doit concerner non l'apparence du monument, l'effet qu'il produit, mais d'abord sa structure, et cela à l'aide des moyens les plus efficaces pour en assurer la durée (matériaux plus solides, employés plus judicieusement) ; 3. on doit exclure toute modification qui serait contraire aux témoignages évidents ; l'adaptation de l'édifice à l'usage plus conforme à la civilisation moderne, ou plus rationnel, ne doit pas être refusée, ce qui peut exiger des altérations ; 4. on doit conserver toutes les modifications anciennes subies par l'édifice, à l'exception de celles qui compromettent sa stabilité ou sa conservation, ou bien celles qui nuisent gravement à la valeur de son témoignage historique.
Historiens et critiques du xxe siècle ont fait remarquer plusieurs particularités de cette doctrine. Même si l'étendue des connaissances archéologiques de Viollet-le-Duc était très grande, supérieure à nulle autre de son temps, l'état des études était à cette époque imparfait, et conduisit l'architecte à des erreurs que plus de modestie de sa part eût permis d'éviter (L. Réau). La doctrine de modifications structurales nécessaires fut imposée à l'architecte par l'insuffisance des moyens techniques de son temps ; la conservation de certaines disposition […]
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