Formé dans l'atelier de Cabanel, Carrière a connu, après 1870, des débuts difficiles de lithographe commercial. Ses premiers tableaux exposés (La Jeune Mère, 1879, Avignon) se caractérisent déjà par l'intimisme discret qui marquera la plupart de ses sujets. C'est dans les années 1880 qu'il élabore peu à peu une manière très particularisée, renonçant presque totalement à la polychromie pour adopter une sorte de camaïeu brunâtre qui doit beaucoup à l'étude des maîtres du sfumato, Vinci ou Corrège, ou encore aux préparations de Rubens, et à Velázquez. Les scènes de la vie familiale, où perce parfois un certain pathétique (L'Enfant malade, 1885), et les portraits peints ou lithographiés (E. de Goncourt, 1892 ; Verlaine, 1891, musée d'Orsay, Paris) constituent alors l'essentiel de son œuvre, à côté toutefois de réalisations exceptionnelles, comme un important Christ en croix (1897, musée d'Orsay) ou les décorations de l'Hôtel de Ville et de la Sorbonne (1898). Ces travaux lui avaient attiré peu à peu un petit cercle d'amis fidèles, surtout parmi les écrivains (Jean Dolent, Gustave Geffroy, Roger Marx...) et ce solitaire, tourné su […]
