4. Questions ouvertes
• Les questions de la Réforme
Dans les pages qui précèdent, les réclamations des réformateurs du xvie siècle ont été dans une certaine mesure entendues. Il est certain aussi que l'admirable tradition liturgique orthodoxe aurait à faire valoir plus d'un point de vue complémentaire, en particulier par sa doctrine de l'Esprit-Saint. Il faut cependant donner priorité au rappel de deux débats qui ont divisé les confessions chrétiennes pendant des siècles. Sauvegarder l'unicité du sacrifice sauveur de la croix, s'opposer à une offrande de la messe considérée comme une « œuvre » humaine qui offusque la gratuité de la justification, tenter de rétablir l'importance primordiale de la communion alors désertée ont conduit Luther et Calvin à nier, sinon tout aspect sacrificiel de la messe, du moins l'idée de sacrifice propitiatoire. Sur ce point, on peut noter une réelle convergence actuelle des théologies protestantes (Leenhardt, Thurian), anglicanes (Dix) et catholiques (Vonier, Bouyer), grâce à l'idée du sacrifice sacramentel, du sacrifice en mémorial.
Plus délicate est la divergence qui porte sur la présence du Christ. Calvin notamment a rejeté la position « spiritualiste » de Zwingli et retrouvé, contre la consubstantiation, les arguments de Thomas d'Aquin ; il écarte aussi la transsubstantiation qu'il comprend comme une sorte d'annihilation du pain et du vin. Il envisage donc une présence spirituelle et cependant réelle, où pain et vin « sont tellement signes que la vérité est jointe avec ». L'accent porte sur la foi, sans laquelle il n'y a pas de présence, car il n'y a pas de lien ontologique entre corps et sang du Christ, d'une part, et pain et vin, de l'autre ; si l'on mange et boit avec foi, on reçoit aussi le don spirituel. La présence ne dépasse donc pas le temps de la cène. Dans les termes anciens, le débat est sans issue. L'est-il dans une problématique renouvelée de part et d'autre, revivifiée à sa source biblique et consentant à de nouvelles voies d'approche ?
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