2. L'étymologie des langues romanes
Les langues romanes, du fait que la souche commune (le latin) en est bien connue, constituèrent, dès le début de ces études, un domaine d'application privilégié. Des progrès méthodologiques continus s'y marquèrent jusque vers 1920. Considérant d'abord presque exclusivement la souche latine, les étymologistes étendirent leurs investigations aux types de mots dits onomatopéiques (craquer, etc.) ; ils recoururent à la notion (empruntée aux dialectologues) de « contamination » (refuser, expliqué par refutare + recusare) ; ils commencèrent à dresser un inventaire des souches germaniques ; certains tentèrent, dans les cas insolubles, de remonter à un vocabulaire pré-latin. Ils empruntaient, sur ce dernier terrain, des méthodes habituelles, aujourd'hui encore, à d'autres étymologistes, pour qui la langue mère reste comme telle inconnue (ainsi les chercheurs travaillant, à partir du latin ou du sanscrit, sur l'« indo-européen ») : les lois phonétiques permettent d'induire un certain nombre de traits originaux que l'on rassemble pour en former un mot supposé, dont le caractère hypothétique est signalé dans l'écriture par un astérisque (par exemple *cala, souche de mots comme chalet ; *barra, de barre, baraque, embarras, etc.). On ne peut nier que cette pratique ne se soit pas exagérément répandue et que, jusqu'à nos jours, les formes « à astérisque » n'aient représenté une trop fréquente solution de facilité. Elles ont permis en particulier aux romanistes, à mesure que les recherches s'approfondissaient, de suppléer à tout un vocabulaire latin populaire ou tardif non enregistré par les textes : l'existence d'un tel vocabulaire ne fait pas de doute, mais l'image que l'on en reconstitue ainsi est des plus sujettes à caution.
L'importance même des découvertes dues à la phonétique historique n'était pas sans nuire à leurs effets. La recherche étymologique se concentrait sur la forme, négligeait le sens et laissait hors de considération la chose désignée. Meyer-Lübke, dont le Romanisches etymologisches Wörterbuch, paru en 1911 (et déjà un peu vieilli à cette date), clôt cette période, se contente de signaler les mutations sémantiques les plus considérables, mais ne les intègre pas à sa recherche ; il enseigne que cuisse vient de coxa, ce qui est une certitude formelle ; mais il ne s'attache pas au fait que ces mots n'ont pas le même sens et se réfèrent à des parties différentes du corps.
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