2. Des objets concrets pour exprimer des idées abstraites
Ettore Sottsass est vraiment lancé. En 1976, on le retrouve parmi les chefs de file du design radical italien au Studio Alchymia qui expose, l'année suivante, une première collection de mobilier annonçant, en 1981, la révélation de Memphis, ce terme faisant référence autant à l'Égypte ésotérique, et à la culture du sacré, qu'à la ville d'Elvis Presley, et à la culture pop, – une belle preuve de « nomadisme culturel » que certains qualifieront de sacrilège. Comme tous les créateurs, Scottsass aime avoir les coudées franches et il abandonnera rapidement (en 1985) le collectifs de designers « Memphis », pour doter ses œuvres du label Sottsass Associati, du nom du bureau d'architecture, graphisme et design qu'il a formé avec quatre jeunes collaborateurs.
En mai 1989, nouvelle provocation avec Meta-Memphis, époustouflante exhibition où les meubles apparaissent affranchis de toute sujétion à leur fonction. Les formes divaguent et ondulent, les couleurs sont violentes, superposées, heurtées, comme en témoigne la bibliothèque Claustra Carlton, le meuble de rangement Casablanca ou le buffet Beverly, où des panneaux en stratifié coloré et assemblés à l'image d'un château de cartes composent un hymne à l'instabilité. Le mélange des matériaux naturels et artificiels se manifeste comme un principe de construction avec une place majeure réservée au stratifié. Sottsass réintroduit la valeur du décor dans le mobilier et les objets, en donnant la priorité à la valeur expressive des formes dans une logique plus sensorielle que structurale.
C'en est fini des ustensiles de la production de masse qui se ressemblaient presque tous. Les formes géométriques, l'utilisation des couleurs primaires et le mélange des matériaux définissent un langage inhabituel dans le design. Les objets ont été abordés et torturés – comme chez les cubistes – dans chacun de leurs aspects. L'instable est devenu une nouvelle valeur dont la signification politique importe peu, car Sottsass ne se rattache à aucun parti : pour lui, l'indispensable renouvellement de la société sera une affaire culturelle et elle tiendra le plus grand compte de « l'ornement ». Ainsi que l'écrivaient les fidèles d'Archigram en 1960, « nous avons choisi de contourner l'image pourrissante du Bauhaus ». Ettore Sottsass a certainement été l'un de ceux qui ont appliqué, dans leurs œuvres, cette consigne à la lettre.
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