1. Un design postmoderniste
Le design, comme le postmodernisme en architecture, rejetait le dépouillement prôné par le mouvement moderne depuis les années 1920, quand les ennemis de la moindre ornementation faisaient la loi dans les agences. Cette révolte cheminait souterrainement à l'initiative, dans les années 1960, d'un groupe d'étudiants et d'architectes. Ils avaient fondé Archigram, un journal et une association qui se proposaient de dynamiter l'espace de la ville traditionnelle où à « l'homme-besoins » des C.I.A.M. (Congrès internationaux d'architecture moderne) de Le Corbusier et de ses disciples succéderait un être de fiction s'inventant son théâtre personnel dans un cadre totalement renouvelé.
C'est cet homme nouveau qui intéresse le collectif Memphis dont le chef a tout de même attendu un certain temps pour libérer ses démons intérieurs. Fils d'une autrichienne et d'un père italien et architecte qui avait été l'élève et le collaborateur d'Otto Wagner à Vienne, Ettore Sottsass passe son enfance dans la région de Trente dans les Dolomites, et sort diplômé de l'Institut polytechnique de Turin – la ville emblématique du peintre surréaliste Giorgio De Chirico – en 1939. Installé à Milan en 1947, où il ouvre son agence d'architecture, il construit d'abord des logements sociaux très sobres, aménage des expositions et dessine ses premiers meubles. Après un voyage en Asie, il séjourne un an aux États-Unis, à Palo Alto (Californie) afin de soigner une lésion des reins et fréquente la colonie des poètes beatnik de la côte ouest dont Jack Kerouac est le prophète.
À cette époque, la firme Olivetti – créée en 1908 par un ingénieur pour fabriquer du matériel de bureau – avait produit en série, dès 1911, les premières machines à écrire italiennes puis, en 1932, les premières portables. Elles étaient alors carrossées de noir, comme toutes les machines à écrire. En 1958, Sottsass devient – en échange d'une liberté complète – le collaborateur régulier d'une des firmes les plus renommées du […]
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