2. L'être-pour-la-mort
Le Dasein est ses possibilités : « tendu vers un pouvoir-être qu'il est lui-même », il est ouvert à un futur sur les bases d'un passé dont il hérite. En ce sens, le mouvement de la temporalité part du futur, reprend le passé et ouvre le présent. Ce mouvement de se projeter n'est pas infini : il rencontre sa limite propre avec la mort. « Possibilité de l'impossibilité », la mort constitue la limite toujours imminente, constamment présente dans tout projet de l'être-au-monde. « Être-pour-la-mort », le Dasein est temporalité finie. Les fuites, esquives, palinodies multiples, pour « inauthentiques » qu'elles soient, constituent les modes d'être quotidien de celui qui se pense comme situé dans un temps préexistant à ses propres pouvoirs. L'homme est « être des confins » : nulle apologie de la mort dans cette pensée, mais la prise en compte d'une irréductible finitude « déliée des illusions du On (das Man), factice, certaine d'elle-même et angoissée ».
Le livre, inachevé, encore trop marqué par une pensée centrée sur l'homme, ne parvient pas à dégager pleinement une pensée de l'être comme temps. Les développements ultérieurs, marqués par un « tournant » (à partir des années 1930), s'emploieront à penser l'être à partir du temps, reléguant l'homme à n'être que le « berger de l'être ». Reste que les analyses qui scandent Être et Temps orchestrées avec une puissance spéculative rare, ont marqué de leur empreinte des penseurs aussi différents que Sartre, Merleau-Ponty, Lévinas, aussi bien que des psychiatres phénoménologues tels Erwin Straus ou Ludwig Binswanger. Il s'agit bien là, pour la philosophie, d'un livre tout aussi fondateur que les Méditations de Descartes, la Critique de la raison pure de Kant ou la Phénoménologie de l'esprit de Hegel.
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