2. Projets utopistes d'architecture et de société
L'essentiel de son attention se concentre sur des travaux théoriques et des projets portés par l'idéal des Lumières et, bientôt, avec la Révolution, par l'utopie d'une nouvelle société : dessins, programmes de concours et rapports de commissions témoignent de ses idées réformistes en faveur de l'« architecture parlante » qui accompagne certains grands projets d'urbanisme et d'architecture publique du règne de Louis XVI et de la Révolution. Exclusivement parisiens – et, pour la plupart, jamais réalisés – ces projets concernent, entre autres, la reconstruction du palais Bourbon pour le prince de Condé (dès 1764), l'hôtel des Monnaies, l'Opéra, le château de Versailles et la Bibliothèque nationale (1785). Il propose aussi des dessins pour une Métropole (1781), un Cénotaphe à Newton (1784), un nouveau Muséum ou encore une Assemblée nationale (1792). Ces projets, aux formes géométriques et épurées, et qu'on peut presque qualifier de futuristes tant ils sont audacieux, sont la traduction sensible des préceptes révolutionnaires. Ils concrétisent une nouvelle esthétique, fondée sur l'interprétation critique des sources néo-classiques (la nature et l'antique). À partir d'une réflexion rationaliste et des tendances sentimentales de l'art, lancées par le père Laugier et les encyclopédistes, Boullée invente une sorte de « dramaturgie » de la création architecturale vouée à la formation civique des citoyens et, par voie de conséquence, à leur bonheur. « L'architecture est un art par lequel les besoins les plus importants de la vie sociale sont remplis. Tous les monuments sur la terre propres à l'établissement des hommes sont créés par les moyens dépendant de cet art bienfaiteur. Il maîtrise nos sens par toutes les impressions qu'il y communique. Par les monuments utiles, il nous offre l'image du bonheur ; par les monuments agréables, il nous présente les jouissances de la vie... », écrit-il.
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