3. La tradition naturaliste en France
Qu'en était-il en France à l'époque de la Première Guerre mondiale ?
On n'y parlait pas d'ethnobotanique ni d'ethnozoologie et l'écologie n'avait guère cours. Pourtant, une minorité de naturalistes et d'ethnologues s'intéressaient aux relations entre sociétés, civilisations et nature.
Au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, le botaniste colonial Auguste Chevalier, auteur, parmi de nombreuses œuvres, d'une magistrale contribution biogéographique au Traité de géographie physique d'Emmanuel de Martonne, se risquait même à écrire : « Nos études de botanique appliquée à l'agronomie coloniale seraient pour ainsi dire absurdes si elles faisaient abstraction de l'homme des tropiques. »
Et si l'on consulte le manuel d'ethnographie de Marcel Mauss, on voit aussi combien ce dernier était conscient de l'importance d'une approche ethnographique et ethnologique des relations entre sociétés, environnements naturels et ressources.
Quelques-uns des premiers ethnologues français le suivirent dans cette voie : ainsi Maurice Leenhardt collabora avec André Guillaumin, botaniste au Muséum national d'histoire naturelle, dans de premières études sur les usages kanaks des végétaux en Nouvelle-Calédonie.
Dans les années 1930, Marcel Mauss et Auguste Chevalier encouragèrent l'agronome et botaniste André-Georges Haudricourt à se rendre en Union soviétique pour y travailler avec Nikolaī Ivanovitch Vavilov qui y accomplissait de remarquables recherches sur la biogéographie et l'origine des plantes cultivées. Cela nous valut, en 1943, la publication de l'ouvrage de Haudricourt et Hédin, L'Homme et les plantes cultivées, où les auteurs proposèrent le développement en France d'une recherche ethnobotanique sous ce nom, recherche interdisciplinaire et intersciences. D'agronome et de botaniste qu'il était au départ, Haudricourt devint ethnologue, ethnographe, ethnotechnologue et, surtout, linguiste, réalisant ainsi dans sa personne l'interdisciplinarité qu'il ava […]
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