L'anthropologie religieuse tente de cerner la dimension religieuse de l'homme, en tant qu'universelle et inhérente à tout homme (même si cette dimension, dans notre société sécularisée, invente, pour se manifester, de nouveaux signifiants, apparemment non religieux). Mais, l'expérience vécue du sacré se traduit, chez tous les peuples, par tout un complexe de croyances, de cérémonies, de pratiques, d'organisations des hommes, bref par des « institutions », au sens qu'Émile Durkheim donnait à ce terme. Cet ensemble comprend aussi bien les « représentations collectives », dans la mesure où elles s'imposent du dehors aux individus, que les cultes « institués » ou les Églises. L'ethnologie religieuse a pour but de décrire ces formes diverses que revêtent les phénomènes religieux ou les expériences du sacré, suivant les peuples, c'est-à-dire les ethnies ou les cultures, car l'ethnie, pour le savant, est inséparable de la notion de culture.
Aussi l'ethnologie religieuse ne peut s'identifier avec l'étude des religions dites « primitives », et cela d'autant moins qu'il n'existe nulle part de telles religions. Comme le dit Marcel Mauss, « les Australiens sont aussi vieux que les Européens par rapport au pithécanthrope ». Il y a seulement des sociétés techniquement pauvres et des sociétés qui bénéficient d'un outillage technique extrêmement développé. On ne peut pas non plus, bien que certains soient tentés de le faire, définir l'ethnologie religieuse comme l'étude des religions dites traditionnelles par opposition à celle des religions universalistes, qui intéresseraient, elles, l'histoire et la sociologie des religions. D'abord, parce que la tradition, si elle suppose peut-être un « temps au ralenti », selon l'expression de G. Gurvitch, a, elle aussi, une dynamique : les religions traditionnelles changent, elles évoluent comme toutes les religions. En second lieu, parce que l'ethnologie ne peut pas ne pas se préoccuper de l'influence des religions universalistes (islam, bouddhisme, christianisme) sur les rel […]
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