5. Résultats et questions
Reconnaître effectivement les arts primitifs en leur spécificité, c'est se demander comment s'articulent en eux les éléments spécifiquement artistiques et les éléments magico-religieux, économiques, politiques, etc. Cette reconnaissance suit ainsi une voie moyenne entre une simple assimilation de ces arts à notre art pur et formel (assimilation qui suffit à justifier leur présence dans les collections publiques ou privées) et une affirmation de leur altérité radicale (altérité qui, prise au sérieux, rendrait impossible leur étude et incompréhensible le goût que nous leur portons).
Aux concepts qui ne conviennent qu'à notre art doivent se substituer les appareils conceptuels que les usagers appliquent eux-mêmes à leurs arts. Quels sont ces appareils conceptuels ? Comment sont-ils appliqués ? Le respect de la spécificité des arts primitifs a pour moyen, en un premier temps, la prédominance accordée à l'enquête ethnographique, aux monographies. De telles enquêtes sont non seulement nécessaires, mais urgentes, car la transformation actuelle des sociétés sans écriture entraîne une disparition accélérée de leur objet. Elles se multiplient aujourd'hui, et il convient de citer la revue African Arts, publiée par l'université de Californie. Mais ces enquêtes monographiques ne sont pas suffisantes. Elles appellent au moins deux compléments : l'usage de la méthode comparative sous diverses formes et un recours qui nous semble inévitable à la philosophie de l'art.
Les monographies se faisant plus nombreuses et précises, des généralisations deviennent possibles. On peut ainsi traiter les divers arts ethniques comme les systèmes de parenté ou les mythologies. Ainsi, diverses formes de la « critique d'art » dans divers groupes ethniques ayant été étudiées, P. Bohannan émet l'hypothèse suivante : dans les sociétés primitives, le point de vue de l'usager l'emporte sur celui du producteur, à l'inverse du privilège que nous accordons à l'artiste et à la théorie de la créatio […]
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