3. Réductionnisme scientifique
Par-delà les tentatives de répudiation ou d'assimilation, il existe un ethnocentrisme plus subtil qui, sous les formes du discours scientifique, soumet les donnés culturels autres aux catégories d'intellection produites dans la culture du locuteur. Dans ses Remarques sur « Le Rameau d'or », Wittgenstein dénonce l'ethnocentrisme de Frazer : l'ethnologue britannique se proposait dans son ouvrage d'« expliquer les usages primitifs », présentait les pratiques étranges, « au bout du compte [et] pour ainsi dire, comme des stupidités », et jugeait certains comportements magiques comme autant d'erreurs parce qu'« inefficaces ». Wittgenstein, qui souvent dénonce l'insuffisance d'observation et le manque d'imagination chez l'homme, s'en prend plus particulièrement à Frazer, chez qui de telles faiblesses intellectuelles manifestes expliquent « son impossibilité de comprendre une autre vie que la vie anglaise de son temps ». Dans son Anthropologie structurale II, Lévi-Strauss se montrera fort proche d'une telle explication lorsque, traitant de l'ethnocentrisme, il présente l'idée d'un évolutionnisme culturel comme un mythe philosophique produit par projection des hypothèses d'évolution d'espèces animales sur les sociétés humaines et dont l'origine tient à une attention insuffisante aux donnés culturels complexes et projetés injustement du biologique sur le social. Ainsi, multipliée dans ses formes, l'explication qui réduit les autres cultures sous les catégories produites par et pour l'une d'elles résulte d'un manque de respect à l'égard de la spécificité des donnés culturels autres, de leur appartenance à d'autres systèmes culturels. Elle est, par rapport à la répudiation et à la négation, une autre forme d'ethnocentrisme, toutes ces formes manifestant, comme le disait Wittgenstein au sujet de Frazer, l'impossibilité de concevoir la vie de l'autre en dehors du « cadre de notre paroisse bien anglaise ».
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